Logement social à Singapour

Les logements sociaux à Singapour sont administrés par le Housing and Development Board (HDB) qui fait construire et maintenir en état les logements, communément appelés HDB flats ("appartements du HDB") ou simplement "HDB".[1]

Logements sociaux à Singapour
Résidences HDB à Queenstown
Un terrain de jeu typique dans un lotissement public
Un train LRT approchant d'une gare entourée de lotissements publics

La majorité des lotissements résidentiels à Singapour sont régis et développés par l'État et abritent environ 80% de la population résidente.[2] Ces appartements sont situés dans des lotissements, qui sont des villes satellites autonomes avec des écoles bien entretenues, des supermarchés, des centres commerciaux, des hôpitaux communautaires, des cliniques, des centres de colportage ou hawker centres (Aire de restauration) et des installations sportives et récréatives. Chaque lotissement comprend des stations de Métro de Singapour (MRT) et des arrêts de bus qui relient les résidents à d'autres parties de la Cité-État. Certains domaines sont également complétés par des stations de "LRT" plus petites qui servent de service de raccordement au "MRT".

Par rapport à la plupart des régions du monde, le logement public à Singapour n'est pas ostracisé par une grande majorité de la population et de son gouvernement, et agit comme une mesure nécessaire et vitale pour fournir des logements impeccables et sûrs entourés d'équipements publics à des prix abordables, en particulier au cours de son développement rapide et de son industrialisation dans les premières années de l'indépendance. Il vise également à favoriser la cohésion sociale entre les classes sociales et les races de Singapour et à empêcher le développement de zones ou de districts négligés et d'enclaves ethniques. En tant que tel, il est considéré comme une partie unique de la culture et de l'identité singapouriennes, étant communément associé au pays.[3],[4]

Les nouveaux appartements publics ne sont strictement éligibles à l'achat que par les citoyens singapouriens. Les programmes de logement et les subventions disponibles pour financer l'achat d'un appartement ne sont également étendus qu'aux ménages appartenant à des Singapouriens, tandis que les résidents permanents ne reçoivent aucune subvention au logement ou subvention du gouvernement singapourien et ne peuvent acheter des appartements de revente que sur le marché secondaire à un prix du marché. De telles politiques ont aidé Singapour à atteindre un taux d'accession à la propriété de 91%, l'un des plus élevés au monde.[5]

En 2008, Singapour a été saluée par le rapport sur l'état des villes du monde des Organisation des Nations unies Habitat comme étant la seule ville sans bidonvilles au monde.[6],[7]

HistoireModifier

Pendant l’occupation japonaise, beaucoup d’habitations ont été détruites à Singapour. Après la Deuxième guerre mondiale, la ville fait face à un boom économique et démographique. Son port attire de nombreux travailleurs, mais lors du retrait des Britanniques en 1959, le chômage s’élève à plus de 10 % et les tensions interethniques sont à leur comble.

Au lendemain de l’abolition du statut colonial, environ 500 000 personnes[8] s’entassent dans des bidonvilles et des kampongs[9], ces villages traditionnels malais. Des incendies surviennent à répétition dans ces habitations de fortune insalubres; la situation du logement est catastrophique et des émeutes éclatent. Pour maintenir les acquis hérités des Britanniques que sont les infrastructures portuaires et le statut de centre financier international, les dirigeants doivent pouvoir compter sur un environnement social stable afin d'attirer les investisseurs étrangers, se doter d’une structure industrielle et faire prospérer le pays.

Entre 1960 et 1965, le Housing and Development Board (HDB) bâtit 54 430 logements sociaux au confort moderne : eau courante, électricité, installations sanitaires. Les logements sont achetés sous un bail emphytéotique d'au plus 99 ans. Il faut être de nationalité singapourienne ou être résident permanent pour y avoir droit. Leur prix varie selon leur localisation et en fonction des capacités financières de chaque ménage. Le programme connaît un réel succès, permettant aux singapouriens d’accéder à la propriété à un coût raisonnable, grâce à des prêts octroyés par l’État.

À la fin des années soixante, 120 000 logements sociaux[10] avaient été construits et les bidonvilles détruits. Alors qu'en 1960, seuls 9 % des Singapouriens vivaient dans un logement social, depuis les années ’80 et encore en 2019, environ 80 % de la population qui y habite.

Impact socialModifier

Les appartements sont octroyés selon des quotas proportionnels à la démographie ethnique et financière de la population. Ainsi, dans chaque bâtiment HDB, on retrouve environ 74 % de propriétaires d’origine chinoise, 13 % d’origine malaise et 9 % d’origine indienne, principalement tamoule.[11] Grâce à l’imposition de ces quotas, la politique du logement pour tous a permis une coexistence relativement paisible entre les différentes communautés ethnoculturelles. Les HDB ont non seulement permis une large inclusion sociale, mais aussi la création d’une forme urbaine centrée sur la famille et le groupe social. Chaque immeuble est doté d’espaces communs où les gens peuvent se regrouper, rappelant la fraternité vécue au sein des kampongs.

Le logement social fut donc l’un des piliers du développement du pays et de la construction d’une identité nationale[12]. Cette politique a permis à Singapour de voir sa population passer, en 60 ans, d’environ 1,6 million d’habitants à 5,7 millions en 2019, soit 4 millions de plus, sans crise du logement ni taudification. Même si l’État, grâce au remblaiement et, récemment, à la poldérisation, a réussi à gagner plus de 140 km2 sur la mer (land reclamation), sa superficie totale passant de 581,5 km2 en 1959 à 724,2 en 2018[13], cette seule augmentation n’aurait pas suffi à répondre aux besoins sans une politique de logement et d’urbanisme efficiente.

Situation futureModifier

La cité-État développe maintenant des projets en partenariat avec des firmes privées pour la construction de tours à condominiums, mais l’État détient encore aujourd’hui 80 % des logements du pays.

Bien que les logements HDB des années soixante avaient une architecture austère et standardisée, ils sont en général très bien entretenus. L'aménagement et l'architecture des nouveaux logements HDB n’ont plus rien à voir avec les premiers logements construits; ils sont adaptés aux besoins et standards du XXIe siècle[14]. Dans un même quartier, il devient de plus en plus difficile de distinguer quelle tour provient d’un développement privé de celle construite par le gouvernement. Par exemple, un complexe HDB construit en 2009 près du Central Business District, le Pinnacle@Duxton, de 50 étages, s’enorgueillit d’avoir les "plus longs jardins suspendus au monde"[15].

Notes et référencesModifier

  1. « Understanding what happens at the end of a 99-year lease » (consulté le )
  2. « HDB Statistics » (consulté le )
  3. « Ethnic Integration Policy and SPR Quota - Housing & Development Board (HDB) », sur Housing and Development Board (HDB) (consulté le )
  4. Tarra Kaur, « 11 Things You Should Know About Singaporean Culture », sur theculturetrip.com, Culture Trip (consulté le ) : « Abréviation de Housing Development Board, des blocs HDB sont disséminés à travers l'île, parfois de nouveaux sont construits et d'anciens démolis. Ils viennent dans différentes nuances, conceptions et formes, mais une chose qui est essentielle pour comprendre cela est dans quelle mesure la relation entre les Singapouriens et la société multiculturelle est influencée par les HDB. Pour une petite île avec un espace limité, les blocs HDB rassemblent beaucoup de monde, créant cet environnement de banlieue qui permet aux gens d'interagir entre eux et de tisser des liens qui forgent constamment l'identité singapourienne. »
  5. « Housing Benefits for Singapore Citizens versus Singapore PR », sur hdb.gov.sg, HDB (consulté le )
  6. « Singapore gets top marks in UN World's Cities Report », CNA,‎
  7. « Singapore lauded as slum-free city », Straits Times,‎
  8. Certaines sources mentionnent jusqu’à 1 000 000 de personnes mal logées. Voir [1], p. 246
  9. (en) Loh Kah Seng, « Kampong, fire, nation: Towards a social history of postwar Singapore », Journal of Southeast Asian Studies, vol. 40, no 3,‎ , p. 613–643 (ISSN 1474-0680 et 0022-4634, DOI 10.1017/S0022463409990099, lire en ligne, consulté le )
  10. Denis Bocquet, « L’urbanité singapourienne au défi de la globalisation : stratégies, formes et fonctions urbaines en transition », Métropoles, no 17,‎ (ISSN 1957-7788, DOI 10.4000/metropoles.5215, lire en ligne, consulté le )
  11. (en) « Population and Population Structure - Latest Data », sur Base (consulté le )
  12. Bocquet, Denis, « Living in Singapore: Housing Policies between Nation Building Processes, Social Control and the Market », sur https://www.researchgate.net, Territorio, (consulté le )
  13. (en-GB) « Total Land Area of Singapore », sur Data.gov.sg (consulté le )
  14. « My Nice Home Gallery – Housing & Development Board (HDB) », sur esales.hdb.gov.sg (consulté le )
  15. (en) migration, « 5 interesting facts about The Pinnacle@Duxton », sur The Straits Times, (consulté le )

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Housing and Development Board