Littérature japonaise

genre littéraire

La littérature japonaise s'étend sur une période de quinze siècles d'écrits. Les premières œuvres sont très fortement influencées par la littérature chinoise, mais la politique d'isolement du Japon a permis le développement de formes littéraires uniques. Quand le Japon a dû assez subitement s'ouvrir au XIXe siècle, le choc a eu une certaine influence sur la littérature japonaise qui a développé des caractéristiques modernes singulières.

Les caractéristiques générales de la littérature japonaise sont un certain sens du détachement, l'isolement, l'éloignement, et, dans beaucoup de cas, le héros ou personnage central échoue dans ses efforts.

HistoireModifier

Les premiers textes japonais remontent à la rencontre entre le peuple insulaire et la Chine; c'est à cette époque que les écris de cette dernière mentionnent le Japon[1].

 
Nihon Shoki : édition de la période Azuchi Momoyama (1599)

La littérature japonaise est généralement divisée en trois périodes principales : la période ancienne, la période médiévale et la période moderne. Une autre périodisation plus sereine : antiquité (jusqu'en 794), époque classique heian (794-1185), moyen-âge (1185-1600), renaissance (1600-1868), modernité (1868-1945), époque contemporaine (depuis 1945).

Avant 600Modifier

Les premières écritures recensées sont des inscriptions sur des épées de la période Kofun (250-538, ou Yamato 1).

Période Asuka (ou Yamato 2) : 590-710Modifier

Au VIIe siècle, le Japon s'approprie la culture continentale, incluant beaucoup d'élément de la civilisation chinoise (écriture, technologie, bureaucratie) et la culture religieuse du bouddhisme[1]. Ainsi, on voit apparaître dans la période Asuka (538-710) des textes de lois comme la Constitution en 17 articles écrits par le prince Shōtoku (574-622) en 604 et publiée en 720 ; ou encore la Réforme de Taika (645, Ère Taika). Des documents religieux font aussi leur apparition avec des commentaires des sutras bouddhistes.

Période Nara : 710-794Modifier

Le contexte politique de la période Nara, avec l'affermissement du pouvoir impérial, créer un besoin d'ancrer une tradition commune, une culture nationale.

Le premier essai à cette tradition commune est un texte commandé en 710 par la Cour impériale au chroniqueur O no Yasumaro. Il doit rédiger un ensemble d'histoires sur les origines divines de la lignée impériale (traditionnellement transmises à l'oral). Le texte est livrée en 712 sous le titre Kojiki ("chronique des choses anciennes")[2].

En 720 est publié le Nihon shoki (Chroniques du Japon), une fois de plus par O no Yasumaro, mais aussi par plusieurs autres historiens et le Prince Toneri. Ce texte, comme le Kojiki, décrit l'origine divine de la famille impériale japonaise; contribuant ainsi à renforcer le pouvoir de cette dernière.

La caractéristique de ces deux textes historiques est leur rédaction à la façon des historiens chinois.

La poésie fait aussi son entré dans la littérature japonaise écrite. L'un des plus célèbre recueil de cette période est le Man'yōshū, publié vers 760. De type waka, ce recueil réuni les textes de grands poètes de l'époque, comme Kakinomoto no Hitomaro (v662-v710) ou encore Ōtomo no Yakamochi (v718-785). Le Kaifūsō, une anthologie poétique publiée en 751 est l'un des premier texte de type kanshi, c'est-à-dire de poème chinois écrit par des japonais.

Littérature Heian : 794-1185Modifier

La littérature Heian (平安文学, Heian bungaku?) est aussi nommée littérature Chūko (中古文学, chūko bungaku?). Elle début en 794, quand la capitale du Japon est transférée à Heiankyô (Kyôto)[3].

Cette époque s'illustre par l'apparition du mode poétique Imayō.

Les thèmes principaux de ces écrits sont la vie, l'amour et les passe-temps des nobles à la Cour de l'empereur.

Littérature Kamakura-Muromachi : 1185-1603Modifier

 
Kamo no Chōmei, vu par Kikuchi Yōsai.

La littérature japonaise médiévale (du XIIe au XVIIe siècles) est marquée par une forte influence du bouddhisme zen ; les personnages y sont des prêtres, des voyageurs ou des poètes ascétiques. Durant cette période, le Japon souffre de nombreuses guerres civiles qui entraînent le développement d'une classe de guerriers et de samouraïs, entourés de contes, histoires et légendes.

Le système des écritures du japonais se met en place, mêlant kana et kanji.

Le genre de poésie collaborative renga s'établit, avec entre autres Nijō Yoshimoto, Iio Sōgi, Ichijo Furuyoshi, Satomura Joha, jusqu'au Haikai-no-Renga parodique.

Le théâtre se développe, et atteint son apogée, avec Zeami.

Littérature Edo : 1603-1868Modifier

L'époque d'Edo, qui correspond au shogunat Tokugawa (1603-1867), et au Rangaku, voit le développement du roman, de la poésie et du théâtre. La pensée et la littérature chinoises continuent à être la grande référence. Mais le mouvement de Kokugaku (Motoori Norinaga) recentre l'éducation sur les classiques japonais, qu'il s'agit de redécouvrir, surtout depuis que la lecture des kanji a pratiquement disparu.

La société japonaise à l'époque d'Edo se restructure, à base de néoconfucianisme, accompagné d'humanisme et de rationnalisme, et de perspective historique, avec influences bouddhistes et shintoïstes.

La rébellion de Shimabara (1637-1638) entraîne le passage à l'interdiction du christianisme et le passage à la clandestinité des chrétiens, ou Kakure kirishitan. C'est un des phénomènes de la fermeture du pays (sakoku), d'isolement par rapport aux influences extérieures de toutes sortes, principalement économique.

Pourtant, durant cette période de fermeture du pays à toute influence étrangère, la présence des Hollandais sur l'île de Dejima, près de Nagasaki est à l'origine des études occidentales, ou rangaku, et de l'assimilation de la révolution scientifique et technologique occidentale.

Le mode de vie urbain (chōnindō) permet un développement des arts, de la littérature, du divertissement, dont le monde flottant de l'ukiyo.

Les plus grands noms en littérature sont :

Littérature Meiji (1868-1912) et Taishō (1912-1926) : 1868-1945Modifier

La littérature japonaise moderne (fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours) correspond à l'ouverture du Japon et à son exposition au monde occidental.

La société Meirokusha, autour de Mori Arinori, revendique la liberté religieuse, l'éducation laïque, l'égalité des droits pour les femmes (excepté le vote), le droit international, et (le plus extrême), l'abandon de la langue japonaise en faveur de l'anglais. Fukuzawa Yukichi, Nakamura Masanao et Chōmin Nakae sont trois autres grands noms de ces Lumières de Meiji.

Une seule forme littéraire tend à prédominer durant cette période : le shishōsetsu (ou watakushi-shōsetsu, roman à la première personne). Ces courtes histoires ont pour personnage principal l'écrivain lui-même et ont une allure assez confessionnelle dans leur façon de transmettre les expériences signifiantes de la vie de l'auteur. La littérature moderne combine les influences existentialistes des anciens écrits zen et les réalités du monde actuel en les plaçant dans un contexte moderne où le progrès rapide ne sert qu'à exacerber le sentiment d'aliénation ressenti par l'auteur.

Parallèlement, il existe aussi une littérature qui essaye de capturer les sensations et histoires des anime, mangas et jeux vidéo par écrit. C'est un échange à double sens et certains écrits sont repris pour être mis en images et transformés en manga par exemple. Bien que ce type de littérature soit mal vu par les autorités littéraires traditionnelles, elles ont cependant un effet positif, encourageant les jeunes gens à lire davantage.

  • Kanagaki Robun (1829-1894), Kokkei fuji mōde (1860) ou Le pèlerinage comique vers Fuji
  • Fukuzawa Yukichi (1835-1901), Gakumon no Susume (1872-1876) ou L’appel à l’étude
  • Tōkai Sanshi (1853-1922), Kajin no Kigū (1885-1897) ou Rencontres fortuites avec de belles femmes
  • Inoue Tetsujirō (1856-1944), philosophe
  • Tsubouchi Shōyō (1859-1935), Shōsetsu Shinzui (1885) ou L'Essence du roman

1860Modifier

1870Modifier

  • Kunikida Doppo (1871-1908), poète et romancier, L'Îlot du large, Le Rire dans les larmes, La Chasteté, La Tristesse d'un enfant, Le Vieux Gen
  • Hōgetsu Shimamura (1871-1918), écrivain
  • Bansui Doi (1871-1952), poète, Tenchi ujō, Banshō Bansui shishū
  • Tōson Shimazaki (1872-1943), poète, romancier, essayiste, Hakai (1906, La Transgression), Haru (1908, Le Printemps), La Famille, Nouvelle vie, Avant l'aube
  • Sasaki Nobutsuna (1872-1963), poète, Tanka Omoigusa (Herbes de pensées, 1903), Shingetsu (Nouvelle lune, 1912), Toyohata gumo ( Nuages volant au vent, 1929), Yama to mizu to (Montagnes et Eau, 1951)
  • Katai Tayama (1872-1930), romancier, Inaka Kyōshi (田舎教師, Instituteur rural), Futon (蒲団, 1907-1908)).
  • Ichiyō Higuchi (1872-1896), Ôtsugomori (1894), Takekurabe (1895), Nigorie, Jūsanya
  • Kyōka Izumi (1873-1939), La ronde nocturne de l’agent de police (1895), Une femme fidèle (1896), Histoire de Biwa (1896), L'ermite du mont Kōya (1900)
  • Shunrō Oshikawa (en) (1876-1914), journaliste et romancier
  • Ariake Kambara (1876-1952), poète et romancier, Jeunes feuilles (1902), Dokugen Aika (1903), Le recueil d'Ariake (1922), Les rêves appellent (1947)
  • Kyūkin Susukida (1877-1945), essayiste, poète symboliste, Boteki-shū (1900), Yuku haru (1901), Hakuryōkyū (1906)
  • Takeo Arishima (1878-1923), nouvelliste, essayiste, Kain no matsuei, Aru onna, Umareizuru nayami, Meiro, Kankan Mushi, Osue no shi
  • Takashi Nagatsuka (1879-1915), romancier, poète, La Terre (1910)
  • Kafū Nagai (1879-1959), nouvelliste, Amerika monogatari (Contes américains), Furansu monogatari (Contes français), Le Bambou nain (Okame zasa, 1920)

1880Modifier

  • Ichikawa Sadanji II. (en) (1880-1940), acteur et personnalité du monde littéraire
  • Kaoru Osanai (1881-1928), dramaturge, personnalité littéraire
  • Kōtarō Takamura (1883-1956), peintre, sculpteur, poète, Chiekoshō (1941)
  • Naoya Shiga (1883-1971), nouvelliste, Le Samouraï (recueil de nouvelles traduites, 1908-1955)
  • Bokusui Wakayama (1885-1928), poète, Keikokushū (1918), Kuro Tsuchi (1921), Yamazakura no Uta (1923), Kuromatsu (1938)
  • Saneatsu Mushanokōji (1885-1976), romancier et dramaturge
  • Hakushū Kitahara (1885-1942), poète, Kiri no hana (Fleurs de paulownia, 1913), Shinju Sho (Sélection de perles, 1914), Hakkin no koma (Entête platine, 1915), Recueil de dessins à l'encre (1923), Suzume no tamago (Œufs de moineaux, 1921)
  • Kaizan Nakazato (1885-1944)[4], romancier
  • Saneatsu Mushanokōji (1885-1976), romancier et dramaturge, Omedetaki hito (L'Innocent, 1912), Kōfukumono (Un homme heureux, 1919), Yūjō (L'Amitié, 1920), Aru otoko (1923), Shinri sensei (1950)
  • Sumako Matsui (1886-1919), actrice et chanteuse
  • Isamu Yoshii (1886-1960), poète et dramaturge, Sakehogai (Réjouissance), Sakujitsu made (Jusqu'à jeudi), Gion kashu (Versets de Gio, 1915), Tokyo kōtō shū (1916), Ame no Yobanashi (Histoire nocturnes sous la pluie, 1927)
  • Zenzō Kasai (1887-1928), romancier, Kanashiki chichi (1912, le Deuil de mon père), Akuma (1912, Diable), Kohan Nikki (1924, Journal du bord du lac)
  • Yūzō Yamamoto (1887-1974), romancier et dramaturge, La Couronne de la vie (1920), Sensō to futari no fujin, Dōshi no hitobito, Nami, Robō no ishi
  • Kan Kikuchi (1888-1848), dramaturge et nouvelliste, Le Double suicide de Shimabara (1921)
  • Ton Satomi (1888-1983), romancier, nouvelliste, Zen Shin Aku Shin, Tajo Busshin, Anjo Ke no Kyodai, Gokuraku Tombo
  • Jun'ichirō Tanizaki (1886-1965), Le Chat, son maître et ses deux maîtresses, Le Tatouage, La Clef
  • Mantarō Kubota (1889-1963), poète et dramaturge), Asagao (Gloire matinale), Yugi (Jeu), Tsuyushiba (Rosée sur l'herbe), Shundei (Dégel du printemps)
  • Rofū Miki (1889-1964), poète symboliste, essayiste, anthologie Trapisuto kashū (1926)

1890Modifier

  • Masao Kume (1891-1952), poète et dramaturge, Gyunyuya no Kyodai (1914), Hotaru Gusa, Hasen (Naufragé), Bosan (Visite d'une tombe)
  • Kazuo Hirotsu (1891-1968), romancier et critique, Shinkeibyō Jidai (1917), Futari no Fukōmono
  • Kōji Uno (1891-1961), nouvelliste, Dans le magasin (1917), Flux de pensée (1950)
  • Ryūnosuke Akutagawa (1892-1927), nouvelliste, Rashômon et autres contes, La Vie d'un idiot, La Magicienne
  • Haruo Satō (1892-1954), poète et essayiste, Mornes saisons (1919), Clair de lune sur la baie des hérons (1935)
  • Eiji Yoshikawa (1892-1962), romancier, Musashi, Shin Heike Monogatari (1968)
  • Yoshiki Hayama (1894-1945), romancier, La Prostituée (1925), La Lettre dans un baril de ciment (1926)
  • Edogawa Ranpo (1894-1965), auteur de romans policiers
  • Ōmi Komaki (1894-1978), enseignant, érudit et traducteur
  • Mitsuharu Kaneko (1895-1975), peintre et poète
  • Jirō Osaragi (1897-1973), romancier, Shiroi Ane (Sœur blanche), Kiribue (Flûte du brouillard), Kikyō (Retour à la maison, 1948)
  • Denji Kuroshima (1898-1943)
  • Riichi Yokomitsu (1898-1947), Nichirin (Soleil), Hae (La Mouche), Machine (1930
  • Masuji Ibuse (1898-1993), romancier, La Salamandre, Les Cheveux blancs, L'Iris fou, Pluie noire (1965)
  • Yuriko Miyamoto (1899-1951), romancière, Mazushiki Hitobito no Mure (1916), Nobuko (1924), Le printemps de 1932 (1932), La poitrine de la mère, La haie de cèdres, Le quatrième dimanche de Mars, Banshū Heiya (1946)
  • Sunao Tokunaga (1899-1958), Le Quartier sans soleil (1929)
  • Sakae Tsuboi (1899-1967), romancière et poétesse, Feuilles de radis, Kaki no Ki no Aru Ie (La maison au kaki), Haha no Nai Ko to Ko no Nai Haha to (L'enfant sans mère et la mère sans enfant), La pente, Parapluie au clair de lune
  • Jun Ishikawa (1899-1987), nouvelliste et essayiste, Fugen ! Tokyô, années 1930 (1937), Jésus dans les décombres (1946)
  • Yasunari Kawabata (1899-1972)

1900Modifier

Littérature contemporaine (depuis 1945)Modifier

Après la Seconde Guerre mondiale, la littérature japonaise connait une plus large diffusion dans le monde. Et en 1968, Yasunari Kawabata devient le premier Japonais à remporter le prix Nobel de littérature[6].

Les principaux auteurs de la période :

Littérature de l'ère Shōwa (1926-1989)Modifier

Les principaux écrivains de la deuxième ère Shōwa sont :

Littérature de l'ère Heisei (1989-2019)Modifier

Listes et catégoriesModifier

Formes et genres littérairesModifier

Les différentes formes existantes sont :

AuteursModifier

ŒuvresModifier

InstitutionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Daniel Struve, La littérature japonaise, "Chapitre premier. Des origines à l'époque de Nara (Ve siècle-794)", Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je? », (lire en ligne), p 5-12
  2. Éditions Larousse, « Japon : littérature japonaise - LAROUSSE », sur www.larousse.fr (consulté le )
  3. Daniel Struve, La Littérature Japonaise. "Chapitre II. L'âge classique: époque de Heian (794-1855)", Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je? », , p. 13-28
  4. « Kaizan Nakazato (1885-1944) - Auteur - Ressources de la Bibliothèque nationale de France », sur data.bnf.fr (consulté le ).
  5. « Le propriétaire absent », sur Editionsamsterdam.fr (consulté le ).
  6. Richard Medhurst, « 1951-1989 : la littérature japonaise fait son entrée sur la scène internationale », sur Nippon.com, (consulté le ).

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier

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