Les Liaisons dangereuses

roman épistolaire écrit par Pierre Choderlos de Laclos et publié en 1782

Les Liaisons dangereuses
Image illustrative de l’article Les Liaisons dangereuses
Illustration de la lettre X des Liaisons Dangereuses, 1796

Auteur Pierre Choderlos de Laclos
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman épistolaire
Roman psychologique
Éditeur Durand-Neveu
Date de parution 23 mars 1782
Nombre de pages 514

Les Liaisons dangereuses, sous-titré Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres, est un roman épistolaire de 175 lettres, écrit en 1 semaine par Pierre Choderlos de Laclos et publié en 1782.

Cette œuvre littéraire majeure du XVIIIe siècle, qui narre le duo pervers de deux nobles manipulateurs, roués et libertins du siècle des Lumières, est considérée comme un chef-d'œuvre de la littérature française, bien qu'il soit tombé dans un quasi-oubli durant la majeure partie du XIXe siècle, avant d'être redécouvert au début du XXe. Roman inscrit dans la tradition du libertinage de mœurs illustrée par Crébillon fils, roman d'analyse psychologique dans la lignée de La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, il porte à un degré de perfection la forme épistolaire : aucun élément n'est gratuit, chaque épistolier a son style et la polyphonie des correspondances croisées construit un drame en quatre étapes au dénouement moralement ambigu[1], qui continue à fasciner le lecteur et à susciter de nombreuses adaptations.

StructureModifier

Le roman est composé ainsi :

  • Un court Avertissement de l’éditeur qui émet un semblant de doute sur l’authenticité des lettres.
  • Une Préface du rédacteur, longue comme deux lettres environ, qui contextualise les correspondances qui vont suivre en leur prêtant une origine authentique, bien que les noms aient été changés, à ce que prétend le rédacteur.
  • 175 lettres datées, qui permettent de retracer l’histoire.
  • Des commentaires du rédacteur (50 environ au total) placés en bas de certaines lettres, donnant parfois des informations clés, comme l’origine de la rencontre entre Merteuil et Valmont.
  • À la toute fin, une très courte Note de l’éditeur au sujet d’une éventuelle suite des aventures de mademoiselle de Volanges.

Tout au long de cette œuvre, un grand soin est donné à la véracité, au point qu’on retrouve à la fin le motif du rassemblement de toutes les lettres en un seul recueil que constitue le roman. C’est en effet madame de Rosemonde qui a récupéré les lettres pour faire oublier l’affaire.

RésuméModifier

(Les sous-titres de ce résumé ne figurent pas dans le roman.)

Les deux défisModifier

La marquise de Merteuil demande à son ami, complice et ancien amant, le vicomte de Valmont, de bien vouloir déniaiser sa jeune cousine Cécile Volanges, avant son mariage avec le comte de Gercourt, dans le but de se venger du futur mari.

Le vicomte de Valmont refuse amicalement la demande, au motif qu’il a un défi d’une autre envergure à relever : séduire une jeune femme fidèle et pieuse, éloignée temporairement de son mari : la présidente de Tourvel. Valmont fréquente régulièrement madame de Tourvel, qui attend son mari en passant le temps au château de madame de Rosemonde, la tante de Valmont, très âgée.

N’abandonnant pas son projet, la marquise de Merteuil gagne la confiance de la jeune Cécile Volanges qu’elle voit très régulièrement et séduit le chevalier Danceny, un jeune homme qui fréquente la demoiselle et semble être séduit par elle. La marquise prend alors Danceny pour amant avec le dessein de libérer les mœurs du jeune homme, puis de rompre avec lui afin qu’il devienne activement l’amant de Cécile Volanges.

Au château de sa tante, Valmont réussit à charmer quelque peu la présidente de Tourvel malgré toute la mauvaise réputation qui court sur lui. Mais madame de Volanges, la mère de Cécile, est une grande amie de madame de Tourvel qui met chaudement en garde cette dernière contre Valmont.

Le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil se taquinent l’un l’autre par écrit sur leurs conquêtes et objectifs respectifs. La marquise de Merteuil prétend que Valmont est en train de tomber amoureux et Valmont prétend que la marquise rend son amant, le chevalier Danceny, plus heureux qu’elle-même. La marquise annonce à Valmont qu’elle se donnera à lui en récompense quand la présidente de Tourvel aura succombé à ses charmes, avec preuves écrites à l’appui.

Valmont joue finement avec la présidente de Tourvel en faisant le doux repenti qui reconnaît ses torts passés. Il organise plusieurs fourberies pour se faire bien voir dans le voisinage du château. Madame de Tourvel tombe dans le piège : croyant qu’elle a un effet vertueux sur Valmont, elle tombe peu à peu amoureuse, tout en luttant contre elle-même grâce aux mises en garde continuelles de madame de Volanges contre la redoutable réputation de Valmont.

Valmont se décide à déclarer son amour à la présidente de Tourvel. Elle lui refuse toute relation et tente de s’écarter de lui. Puis, se voyant ébranlée, elle demande à Valmont de quitter le château. Valmont se rend tout de même compte qu’elle est touchée et apprend que c’est madame de Volanges qui conseille madame de Tourvel contre lui. Il voue alors une rancune à sa dénonciatrice. Avant le départ du vicomte pour Paris, sa tante, madame de Rosemonde, le charge d’inviter au château madame de Volanges et sa fille.

Le retour du vicomte à ParisModifier

Sur le chemin de Paris, Valmont dévergonde une jeune mariée infidèle le soir de la noce. Il écrit une lettre d’amour à la présidente de Tourvel avec la complicité de son amante par sa présence, et de la marquise de Merteuil pour le timbrage. La présidente, tout en repoussant continuellement Valmont, ne se rend pas compte qu’elle rentre dans son jeu en lui répondant.

La marquise de Merteuil manipule Danceny et Cécile tout en étant leur confidente à tous deux, mais elle peine à les faire consommer leur amour, car malgré leurs échanges de billets doux ils sont l’un comme l’autre prudes et novices en sentiments amoureux. La marquise continue d’être l’amante et amie de Danceny. Elle envisage plus tard de former Cécile à devenir comme elle. Les deux femmes ont un moment charnel ambigu (Lettre LIV, LV et LVII). Comme son projet de rencontre nuptiale entre les deux jeunes personnes semble au point mort, la marquise demande au vicomte de l’aide pour convaincre Danceny d’être plus entreprenant envers Cécile. Le vicomte accepte, il rencontre Danceny, devient son ami, mais Danceny reste timide et les projets des deux machiavels n’avancent toujours pas.

Le vicomte de Valmont conseille alors à la marquise de Merteuil de mettre des obstacles pour échauffer les comportements des deux jeunes amoureux. La marquise s’inspire de ce conseil et dénonce secrètement à madame de Volanges les échanges écrits entre sa fille et le Chevalier Danceny. Elle incite aussi la mère à éloigner sa fille en l’envoyant à la campagne, chez madame de Rosemonde, volontairement pour que Valmont puisse revoir sa belle madame de Tourvel, d’une part, et qu’il serve de confident et passeur de courrier entre les deux jeunes amoureux, d’autre part.

Au cours d’une soirée à Paris, le vicomte de Valmont est témoin d’un pari lancé par Monsieur Prévan, un séducteur réputé, prétendant qu’il arrivera à conquérir la marquise de Merteuil dont il soutient que la vertu est exagérée. Valmont rapporte cet événement à la marquise et la met en garde contre la réputation de Prévan.

La dépravation de Cécile VolangesModifier

Valmont retourne au château de sa tante madame de Rosemonde, où sont déjà arrivées madame de Volanges et sa fille. Il entreprend de nouveau la présidente de Tourvel. Il remet à Cécile Volanges les lettres de Danceny, ce dernier ayant déjà précédemment enjoint à son amoureuse de faire confiance à Valmont et de lui remettre ses lettres pour mieux la protéger. Piquée par quelques remarques de Valmont sur l’intérêt qu’elle porte à Prévan, la marquise de Merteuil expose au vicomte dans une lettre (Lettre LXXXI) la supériorité qu’elle a sur lui, explique aussi travailler sa fausseté en société depuis ses quinze ans, et se dit « née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre ». Car étant une femme, elle doit conserver sa réputation vertueuse, alors que les hommes peuvent afficher leurs tromperies amoureuses en public.

Quelques jours plus tard, la marquise de Merteuil organise une supercherie pour se jouer de l’offense que lui fait Prévan. Après plusieurs jours à côtoyer Prévan et le laisser croire qu’elle est charmée, la marquise de Merteuil lui donne un rendez-vous galant chez elle, la nuit. Mais, lorsque ce dernier arrive en catimini par une porte secrète, au lieu de l’accueillir dans son lit, elle crie tout haut, ameutant ses gens de maison qui arrivent en urgence et font fuir Prévan. Très vite, Prévan prend la réputation d’avoir voulu surprendre la marquise de Merteuil chez elle. La marquise racontera cette histoire sous deux versions différentes, une version authentique au vicomte de Valmont, et une version faussée à madame de Volanges, version qui lui donne le beau rôle.

Au château de madame de Rosemonde, le vicomte de Valmont demande l’aide de Cécile Volanges pour faire un double de la clé de sa chambre au prétexte fallacieux que cela devient nécessaire pour lui remettre les lettres de Danceny, et plus tard pour lui faire rencontrer son Chevalier. Après un premier refus, Cécile Volanges s’exécute car Danceny la presse dans ses lettres, mais elle n’a pas bien confiance envers le vicomte.

Une fois le double fabriqué, Valmont s’introduit par surprise la nuit dans la chambre de Cécile Volanges. Il commence par la convaincre de ne pas appeler au secours sans quoi il ferait rejeter la faute sur elle à cause de la clé. Puis il promet de partir contre un baiser, et de fil en aiguille il réussit à la troubler et à abuser d’elle sans se faire repousser. La nuit suivante, elle empêche Valmont d’entrer dans sa chambre en la fermant de l’intérieur.

Le lendemain, voyant sa fille souffrante et pensant que cela vient de ce qu'elle ne voit plus son chevalier Danceny, madame de Volanges songe à défaire la promesse de mariage avec M. de Gercourt, afin de laisser sa fille libre de choisir son mari. La mère se confie par lettre à la marquise de Merteuil sur cette idée et cette dernière tente de l’en dissuader. Cécile Volanges aussi se confie à la marquise de Merteuil par écrit, mais à propos de son malheur avec Valmont. La marquise encourage la jeune fille à prendre Valmont pour amant en attendant la venue de Danceny. Lui expliquant que c’est bien pour son futur amant, Danceny, et qu’elle doit se méfier des questions que sa mère pourrait lui poser en prêchant le faux pour avoir le vrai.

Cécile Volanges se résout à ouvrir sa porte à Valmont la nuit et leurs rapports reprennent. Par les conseils de Valmont et Merteuil, Cécile Volanges se projette positivement dans l’adultère. Valmont invente des médisances sur sa mère, et déprave Cécile Volanges par ses pratiques et son vocabulaire en affaires intimes. Les deux démons se réjouissent à l’avance de l’effet qui sera produit lors de la première nuit avec son futur mari, M. de Gercourt.

La capitulation de madame de TourvelModifier

Pendant ce même temps, le vicomte avance à pas de loup avec madame de Tourvel. Cette dernière lutte toujours contre ses sentiments et décide cette fois de quitter elle-même le château. Furieux de ce départ, autant par dépit que par amour, le vicomte engage son chasseur pour espionner madame de Tourvel en sa résidence, ce qui lui permet d’apprendre que cette dernière est physiquement malade d’amour pour lui.

La marquise de Merteuil tente de convaincre Valmont d’abandonner son projet avec la présidente de Tourvel et de rentrer à Paris. Mais le vicomte continue ses manigances pour faire céder madame de Tourvel. Il fait croire à sa tante qu’il est malade d’amour et prêt à se faire expier toutes ses fautes, sachant qu’elle tient au courant la présidente de Tourvel par lettre. Par l’entremise d’un prêtre, il réussit à obtenir une entrevue avec la présidente. Elle accepte croyant qu’il est venu lui remettre ses lettres de correspondance avant de s’éloigner définitivement.

Mais lors de sa rencontre avec la présidente de Tourvel, Valmont lui proclame qu’il compte se suicider si elle n’accepte pas d’être à lui, car la vie lui sera trop pénible. Comme il fait mine de partir en étant résigné à se suicider, elle s’évanouit dans ses bras. Après quelques moments de discussion tendre, elle se donne à lui. Valmont avoue à Merteuil avoir ressenti de l’amour sincère et durable envers cette femme, et il continue sa relation amoureuse avec elle.

La résolution du pacteModifier

Valmont rappelle à la marquise sa promesse de se donner à lui en cas de conquête de la présidente de Tourvel. Elle consent malgré le manque de preuves écrites, mais elle doit faire patienter Valmont car elle se trouve encore en province pour quelques jours pour une affaire judiciaire et pour M. Belleroche, son amant du moment.

Pour démontrer à Valmont que celui-ci est attaché par amour à la présidente de Tourvel, la marquise de Merteuil lui demande de rompre avec la présidente tout en continuant à être l’amant de Cécile Volanges. Valmont est piqué, car les deux comparses considèrent que le sentiment amoureux est un abaissement. Il reprend sa relation avec la jeune Volanges, mais n’arrive toujours pas à se délier de madame de Tourvel.

La marquise de Merteuil lui suggère alors une méthode pour arriver à rompre quand cela devient trop long : il s’agit d’asséner une liste de justifications absurdes systématiquement terminées par « Ce n’est pas ma faute ». Le vicomte envoie mot-à-mot ce texte de rupture à la présidente de Tourvel. À la lecture de la lettre, la présidente est effondrée, elle se retire au couvent.

Les Volanges quittent le château et rentrent à Paris. Valmont continue sa relation cachée avec Cécile Volanges. Dans sa chambre, un soir, elle fait un malaise en présence de Valmont. Seul lui et les médecins appelés en secret comprennent qu’il s’agit d’une fausse couche. Sa mère, madame de Volanges, accepte que le Chevalier Danceny vienne rendre visite à sa fille malade.

Valmont songe à reconquérir madame de Tourvel, par orgueil prétend-il, mais il est toujours amoureux d’elle inconsciemment. Le vicomte se prépare à laisser Cécile Volanges dans les bras de Danceny et à consommer le prix de sa victoire avec la marquise de Merteuil. La marquise, toujours en déplacement en province, avoue alors à Valmont avoir dirigé les actions de celui-ci afin d’assurer une rupture définitive avec madame de Tourvel, considérant qu’il la plaçait au-dessus d’elle. La marquise propose à Valmont qu’il fasse un enfant illégitime à Cécile Volanges pour augmenter leur vengeance commune envers Gercourt et madame de Volanges.

Au couvent, la présidente de Tourvel perd la santé physique et psychologique. Elle reçoit une lettre de Valmont mais la rejette en hurlant.

La marquise rentre à Paris et donne rendez-vous à Danceny de sorte à tenir Valmont à l’écart pendant plusieurs jours. Le ton monte entre les deux complices. Impatient d’avoir son dû, le vicomte de Valmont somme la marquise de Merteuil d’accepter leur liaison nuptiale sans quoi ce serait une déclaration de guerre. La marquise lui répond : « Hé bien ! la guerre. » (lettre CLIII).

Les deux combatsModifier

À partir de là les choses s’enchaînent très rapidement. Valmont force la main de Cécile Volanges pour écrire une lettre à Danceny lui pressant une entrevue. Le but est d’écarter le jeune chevalier de la marquise de Merteuil. Cela réussit et Valmont s’en vante auprès de la marquise.

Danceny est mis au courant de la tromperie de Valmont, on ne sait comment, probablement par la marquise. Le Chevalier provoque alors le vicomte en duel à l’épée. Lors du duel, Valmont est touché mortellement. Avant de mourir, il se confie à Danceny à propos de Merteuil, il remercie Danceny, et lui remet toutes les lettres qu’il possédait. Dans les heures qui suivent, la présidente de Tourvel est mise au courant de la mort de Valmont. Elle prie pour le pardon du vicomte, puis elle décède le soir même. Apprenant le double décès, madame de Volanges remet à madame de Rosemonde, la tante de Valmont, toutes les lettres entre elles et la présidente de Tourvel.

De son côté, Danceny indigné par le contenu des lettres remises par Valmont, les fait lire à qui veut les voir. Tout Paris découvre alors les mœurs et les agissements de la marquise de Merteuil. Elle quitte son domicile et reste introuvable. Danceny apprend que madame de Rosemonde compte le poursuivre pour venger la mort du vicomte de Valmont, son neveu. Pour lui prouver son innocence, Danceny remet à la vieille dame toutes les lettres qu’il tient de Valmont. Puis il quitte discrètement Paris pour se ranger des soucis et de la justice.

Convaincue et effarée par les révélations des lettres, madame de Rosemonde souhaite ranger cette affreuse histoire sous scellé. Danceny accepte de lui remettre ses communications personnelles avec Cécile Volanges. Le lecteur comprend par-là comment toutes les lettres du roman ont pu se retrouver rassemblées en un seul dossier.

Cécile Volanges se réfugie d’elle-même au couvent avec le souhait de se faire religieuse. Danceny renonce à aimer Cécile Volanges, et part pour l’île de Malte.

Les rumeurs sur la conduite de la marquise de Merteuil vont bon train. Une fois revenue à Paris elle est huée en public dans les salons, elle fait mine de ne rien voir. Le lendemain elle tombe gravement malade de la petite vérole et devient défigurée. Puis elle perd sa fortune à cause d’un procès en cours depuis des mois qu’elle comptait gagner grâce à des connivences. La marquise disparait sans qu’on ne sache ce qu’elle est devenue, on la dit partie en Hollande.

Personnages principauxModifier

  • La marquise de Merteuil : femme de respectable réputation vivant à Paris. Elle cache hypocritement ses machiavéliques turpitudes en amour et en affaire.
  • Le vicomte de Valmont : complice de matoiserie et ancien amant de la marquise de Merteuil. Sa forte réputation de galant licencieux ne lui apporte aucun préjudice.
  • La présidente de Tourvel : aussi appelée madame de Tourvel, jeune femme digne et pieuse, elle passe le temps au château de madame de Rosemonde en attendant le retour de son mari, le président de Tourvel, qui est en déplacement. Elle a 22 ans.
  • Madame de Volanges : une parente de la marquise de Merteuil.
  • Cécile Volanges : la jeune cousine de la marquise de Merteuil qui revient de 4 années de couvent. Elle a 15 ans. Sa mère prévoit de la marier au comte de Gercourt.
    La dénomination « Cécile de Volanges » n’apparaît jamais dans le roman. Elle est appelée « Mlle de Volanges » dans les lettres, mais « Cécile Volanges » dans les titres et les commentaires du rédacteur, et une fois par sa signature (Lettre XIX).
  • Madame de Rosemonde : la tante du vicomte de Valmont. Elle est âgée de 84 ans.
  • Le comte de Gercourt : ancien amant de la marquise de Merteuil qu'il a éconduite pour une autre maîtresse. Il est en voyage pendant le roman. Madame de Volanges a convenu de lui donner sa fille en mariage.
  • Sophie Carnay : la jeune confidente de Cécile Volanges qui était au couvent avec elle.
  • Victoire : fidèle et dévouée femme de chambre de la marquise de Merteuil. La marquise s’assure de la complicité de Victoire par le pouvoir qu’elle détient de la faire enfermer (Lettre LXXXI).
  • Azolan : le fidèle et dévoué chasseur du vicomte de Valmont. Il est complice de ses machinations.
  • La maréchale de *** : amie de sortie de la marquise de Merteuil.
  • Prévan : bel et infatigable séducteur, sa prétention lui vaudra d'être la victime de la marquise de Merteuil.
  • Le chevalier de Belleroche : amant de passage de la marquise de Merteuil.

AnalyseModifier

La trameModifier

La marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont se jouent de la société pudibonde et privilégiée dans laquelle ils vivent. Se livrant à la débauche, ils ne cessent, tout au long du livre, de se narrer leurs exploits au travers des lettres qu’ils s’envoient (car ils ne se fréquentent pas ouvertement) et qui constituent le corps de l’intrigue. Mais, pour rivaux qu’ils soient, ils n’en sont pas pour autant à égalité. Le vicomte de Valmont est un homme et, à ce titre, il peut se montrer un libertin flamboyant au grand jour et sans retenue. Les lettres qu’il écrit à la marquise de Merteuil ne sont que le récit triomphant de ses aventures.

Il n’en va pas de même pour cette dernière. Si elle se doit de rivaliser avec le vicomte sur le terrain des aventures d’alcôve, la marquise de Merteuil, de plus, est contrainte à la dissimulation. Son statut social (elle est marquise), matrimonial (elle est veuve) et son sexe (elle est une femme dans un monde dominé par les hommes) l’obligent à la duplicité et à la tromperie. Si le vicomte use aussi de ces armes, ce n’est que pour séduire puis pour perdre, en les déshonorant, les femmes dont il fait la conquête. Il ne fait que prendre un chemin aisé qui ne transgresse que la morale de son époque.

Pour être son égale, la marquise de Merteuil doit, en plus, réussir à s’extraire du rôle qui lui est dévolu. Elle a déclaré la guerre aux hommes et, se voulant « née pour venger [son] sexe » (lettre LXXXI), elle utilise toute son intelligence pour conserver son indépendance, ses amants et sa réputation[2]. Toute la force du roman réside dans la double narration de ces deux intrigues entremêlées. Le récit de leurs aventures libertines respectives, de leurs stratégies et de leurs péripéties mais aussi le combat qu’ils se livrent l’un contre l’autre. Un combat qui apparaît tout d’abord comme un jeu de séduction pour ensuite se transformer en rivalité destructrice. En définitive, les deux combattants se prendront mutuellement ce qu’ils ont de plus précieux. Le vicomte mourra en duel après avoir succombé à l’amour de Mme de Tourvel dont il aura pourtant causé la perte. Le brillant libertin agonisera en amoureux désespéré d’avoir détruit celle qu’il aimait. La marquise de Merteuil perdra sa réputation, que toute sa vie elle s’était attachée à préserver, sa fortune, en perdant un procès et sa féminité qu’une petite vérole flétrira en la défigurant.

Interactions entre personnages principauxModifier

 
Illustration de la lettre XCVI des Liaisons Dangereuses, 1796.

Les personnages sont divisés en deux groupes : les libertins et leurs victimes, même si certains personnages peuvent être classés ailleurs que dans la catégorie des victimes (Le chevalier Danceny qui deviendra dans une certaine mesure un libertin par la suite, et Mme de Rosemonde qui fait plus office de spectatrice).

L'absence de narrateur principal fait que le lecteur se construit peu à peu son opinion sur chaque personnage, puisqu'il a à sa disposition l'ensemble des lettres. Il peut mesurer la naïveté des victimes, la duplicité et le cynisme des libertins, et savourer l'ironie des situations[3].

Les meneurs de jeuModifier

Les meneurs de jeu sont ces libertins qui n'ont pour but que de séduire et arriver à leur fin avec les femmes qu'ils rencontrent. En un mot : collectionner les conquêtes. Mais les libertins apprécient aussi la compagnie de jeunes filles.

La marquise de Merteuil

La marquise de Merteuil est une libertine accomplie, qui a passé sa vie à se jouer des hommes tout en préservant son honneur sous des apparences de vertu. Elle décide, pour se venger de Gercourt, de faire de Cécile Volanges, sa pupille tout juste sortie du couvent, une femme facile, en lui donnant une éducation libertine. Au fil des lettres, le lecteur découvre un personnage complexe qui a décidé de « venger son sexe ». Ses aventures amoureuses deviennent alors des conquêtes dont elle dispose à sa guise. Mariée jeune et veuve très rapidement, elle jouit d’une fortune importante. Par le passé, elle a été l’amante de Valmont et on apprend qu’elle a été la seule femme capable de lui tenir tête. Au début du roman, elle entretient une liaison avec un chevalier (Belleroche), mais après avoir tourné en ridicule le célèbre Prévan, elle trouve le moyen de s’en débarrasser pour se consacrer à Danceny. Son art de la dissimulation lui permet d’être perçue comme une femme vertueuse et elle devient la confidente de ses propres victimes, comme l’illustre l'exemple de Cécile de Volanges. Elle parvient même à manipuler Valmont en trouvant les mots pour le convaincre de rompre avec la seule femme qu’il ait jamais aimée, la présidente de Tourvel. Le personnage de Merteuil est vraiment fascinant car mystérieux et unique. Peu importe l'opinion du lecteur sur ses agissements, il ne peut qu'être admiratif des stratagèmes mis en place par la jeune femme pour vivre la vie à laquelle elle aspire dans une société patriarcale étouffante. Les femmes de son époque n'avaient pas le droit d'étudier les sciences, les philosophies… car elles n'en étaient pas dignes, or, Mme de Merteuil explique dans la lettre 81 sa soif de connaissance, son besoin d'apprendre et de savoir. Elle ne doit pas être réduite à une libertine en quête de plaisir : elle est une femme de volonté qui utilise son intellect pour arriver à ses fins[4]. Dans un milieu où une femme n'est qu'un reflet de son époux, elle est devenue une machine, impassible et froide en surface pour pouvoir exister un peu. Sa relation avec le vicomte de Valmont en est le parfait exemple et la faille en même temps. Il a une réputation de séducteur invétéré, et elle dit l'avoir voulu dès qu'elle a entendu parler de lui, comme un défi.

Tout au long du roman, par plusieurs phrases, on sent une véritable profondeur entre les deux personnages principaux. Le fait même d'écrire en est un. La marquise de Merteuil cache soigneusement toutes les preuves de son libertinage et pourtant, raconte ses exploits dans les moindres détails à son allié et ami. C'est d'ailleurs la transmission des lettres par Valmont à Danceny lors de sa mort qui causera la perte de la marquise. Les deux libertins sont dans une constante surenchère. Ils veulent dominer l'autre, Merteuil parce que Valmont est un libertin avoué et reconnu, Valmont, parce que Merteuil est la seule femme qu'il n'ait jamais réussi à faire plier. Arrivés au sommet de leur art, l'affrontement est inévitable. La guerre est déclarée entre les deux, Merteuil se refusant à Valmont qui la voit comme un trophée et s'achèvera par leur perte. Valmont, libertin reconnu, meurt physiquement, Merteuil, modèle de vertu, meurt socialement.

La fin du roman est énigmatique, car aucun des personnages ne la revoit. « On dit qu'elle », « On dit que »… Mais personne ne peut confirmer les rumeurs. Il y a donc un mystère encore plus grand autour d'elle et elle devient presque un mythe. « On dit qu'elle » a été défigurée par la petite vérole, « On dit qu'elle » s'est enfuie en Hollande. Or, à cette époque, la Hollande est le pays des sorcières et des contes… Elle devient donc presque un personnage légendaire.

Le vicomte de Valmont

 
Illustration de la lettre LXXI des Liaisons Dangereuses, 1796.

Le vicomte de Valmont agit sournoisement et met en place toute une stratégie pour séduire la présidente de Tourvel : on le découvre vite rusé, mais surtout très doué. Ses relations avec la marquise de Merteuil ne sont pas très explicites, chacun cherchant perpétuellement à impressionner l'autre pour se rendre plus désirable : ils étaient autrefois amants et, bien que désirant voler le cœur de la présidente, il se montre toujours autant épris de la marquise.

Quant à elle, elle explique son désir de vengeance envers Gercourt, et c’est pourquoi elle essaie d’engager le vicomte à séduire Cécile : mais, trop intéressé par la présidente, il décline l'offre.

Ils en viennent alors à un pacte : s’il parvient à conquérir la présidente de Tourvel, il pourra posséder la marquise qui lui résiste toujours. Son amour étant repoussé, il essaie encore de retourner la situation et conçoit comme une preuve d’amour le fait qu’elle l’autorise encore à lui écrire contre son départ. Il découvre que Mme de Volanges médisait sur son compte auprès de la présidente et, dès lors, pour s’en venger, il accepte l’ancienne mission que lui confiait la marquise : il se rend à Paris pour débaucher sa fille, prêt à séduire Cécile. Après avoir de tout son zèle contribué à la formation libertine de la « pupille » de Mme de Merteuil, il est chargé par la marquise de « s’emparer » de Danceny comme elle s’est emparée de Cécile, puis va être chargé par la même personne de relayer son rôle d'entremetteuse entre Cécile et le chevalier Danceny après que la mère de Cécile a eu connaissance de la relation unissant sa fille au chevalier. Après la fausse couche de Cécile, à la suite de sa relation avec le vicomte, ce dernier ne cesse d'irriter la marquise avec ses récits et surtout son amour inconscient pour la présidente.

Les interprétations sur ce personnage divergent. Certains diront qu'il se donne la mort pour avoir trahi Mme de Tourvel, d'autres penchent plutôt pour une autre thèse. Le vicomte de Valmont reste un libertin et il serait trop simple de croire qu'une simple liaison puisse le ramener sur « le droit chemin ». La marquise de Merteuil et lui se livrent un combat à mort dans la dernière partie de l'œuvre. Or, sa mort constitue la perte de son adversaire. Il meurt en la privant de sa réputation, chose vitale pour une femme du XVIIIe siècle. Le fait même qu'il remette au chevalier Danceny l'intégralité des lettres de Merteuil laisse à penser que son geste était mûrement réfléchi. C'est en se laissant tuer qu'il gagne leur bataille.

Les victimesModifier

La présidente de Tourvel

La présidente de Tourvel est une jeune femme âgée de 22 ans qui apparaît aux yeux des lecteurs comme la femme vertueuse et comblée dans son couple. Toutefois, tout au long de l'œuvre, certaines de ses actions tendent à montrer qu'elle est un personnage à part entière, avec ses qualités et ses défauts. Elle qui prône l'honnêteté et la vertu fait tout de même suivre à la trace le vicomte de Valmont… Plus tard, entendant la déclaration d’amour de celui-ci, elle ignore le vicomte et refuse tout d'abord de recevoir des lettres de lui. Toutefois, elle accepte qu’il lui écrive quand il sera parti (plus tard, lorsque le vicomte fouillera chez elle, il trouvera des larmes sur ses lettres). Elle le prie cependant de partir. Elle a beau dire : « ceci est ma dernière lettre », elle ne cesse de lui écrire. Elle dit aussi notamment « Je dois être heureuse » (elle parle de son mari), on ne la sent pas insensible au vicomte mais elle tente de s’en protéger. S’ensuit toute une série de lettres où elle le conjure de cesser de lui écrire, de l’oublier, etc. Un soir pourtant, elle cède, lui avoue son amour, mais prend la fuite. Apprenant toutefois le soi-disant mauvais état de santé du vicomte, elle s’en inquiète. Elle succombe alors à son amour pour Valmont et, totalement oublieuse des exigences morales dont elle était porteuse, va entretenir une liaison avec lui. Ce dernier, pour satisfaire à la volonté de la marquise de Merteuil et pour préserver sa réputation, décide de quitter la présidente de Tourvel. Désespérée, Tourvel se retire dans un couvent où elle finit par mourir en apprenant la fin tragique de Valmont.

La présidente de Tourvel est un personnage déchiré entre ses convictions puritaines et ses sentiments pour le vicomte. Sa résistance durant tout le roman montre la puissance de ses idées, mais sa passion est trop forte, son amour trop violent et elle tombe dans ses bras, prête à se donner à lui.

Cécile de Volanges

Sortie du couvent à l'âge de 15 ans pour épouser le comte de Gercourt qu’elle ne connaît même pas, elle vit chez sa mère, Mme de Volanges. Elle s’ennuie et écrit à son amie restée au couvent, Sophie du Carnay (qu'elle oubliera peu à peu à mesure qu'elle réservera ses confidences à Mme de Merteuil). Elle adore la marquise, cette dernière venant souvent chez elle en compagnie du chevalier Danceny dont Cécile tombe vite amoureuse. Sur les conseils de la marquise, elle lui avoue son amour mais elle est au désespoir quand elle envisage son avenir avec le comte de Gercourt dont la marquise lui a fait un horrible portrait : "[...] Triste et sévère [...] Il est riche, il est homme de qualité, il est colonel de régiment de...[...] . Mais d'abord il est vieux : figure-toi qu'il a au moins trente-six ans!" (lettre 39, Cécile Volanges à Sophie Carnay). La marquise influence facilement la jeune fille. La jeune naïve écrit toutefois à Danceny pour lui dire qu’elle n’a pas le choix, elle doit l’oublier bien qu'elle ne puisse s'y faire. Mais de nouveau sous l'influence de la marquise, elle refait des promesses d’amour à son soupirant. Lorsque sa mère découvre cet amour secret, Cécile va chercher de la consolation auprès de la marquise, qui est en réalité celle qui l'a trahie sans qu'elle le sache. Le vicomte obtient, avec la complicité de la jeune fille, la clé de sa chambre afin de jouer les intermédiaires et transmettre les lettres qu'elle échange avec Danceny. Cependant, Valmont entre une nuit chez la jeune fille et la contraint à coucher avec lui. Elle ne sait que faire et s’en réfère à la marquise, laquelle, dans sa réponse, continue sa manipulation et l’encourage à penser qu’elle tirera avantage de sa liaison avec Valmont sans compromettre ses sentiments pour Danceny. Elle lui suggère de se réconcilier avec lui et l’éloigne de sa mère pour préserver son statut de confidente privilégiée. La marquise avoue plus tard au vicomte que le prochain sur sa liste n’est ni plus ni moins que Danceny.

À la fin, Cécile fait une fausse couche et se retire au couvent.

Le chevalier Danceny

 
Illustration de la lettre CXLIII des Liaisons Dangereuses, 1796.

Noble mais peu fortuné, il fait partie de l'ordre des chevaliers de Malte. Il rencontre Cécile de Volanges grâce à la marquise de Merteuil, et en tombe passionnément amoureux. Devenu son maître de chant, il lui donne des cours de harpe toujours en présence de Mme de Merteuil, après lesquels il lui remet des lettres cachées dans les cordes de cet instrument, pour ne pas être découvert. Il entreprend une liaison épistolaire avec Cécile, tout de même rompue pendant un temps lorsque Mme de Volanges a découvert leur liaison. Cette dernière reprendra son cours grâce à Valmont et Mme de Merteuil, qui avait secrètement dénoncé Cécile à sa mère. Lorsque Danceny apprend par la marquise que Valmont, qu'il considérait comme un ami, a abusé de Cécile et l'a trompé lui-même, il le provoque en duel. Valmont est grièvement blessé (par deux coups d'épée à travers le corps) et ramené chez lui, mais avant de mourir, il s'isole avec Danceny et lui remet tout un ensemble de lettres, dont sa correspondance avec la marquise, en lui demandant d'en faire ce qu'il estime juste. Danceny en rend publiques deux (lettres LXXXI et LXXXXV) et remet toutes les autres à Mme de Rosemonde, permettant à celle-ci de préserver la mémoire de son neveu. À sa demande, il lui remet aussi, un peu plus tard, toutes les lettres reçues de Cécile Volange, qu'il lui est, désormais, impossible d'aimer.

Horrifié par la manipulation dont il a été victime, voulant échapper à « un monde dont, si jeune encore, (il a) déjà eu tant à (se) plaindre »[5], il décide de se réfugier à Malte, maison-mère de son ordre, et d'y prononcer ses vœux religieux.

Les témoins abusésModifier

Madame de Rosemonde

La très officielle tante du vicomte de Valmont incarne les valeurs de l'ancien régime, marquées par son caractère pieux, à la fois rigide et doux. C'est sous son propre toit que son neveu commet la perversion, notamment en séduisant la présidente de Tourvel, pour qui elle est une fidèle confidente, mais aussi en initiant Cécile de Volanges au libertinage. Elle comprend bien tard que la présidente est en fait attirée par Valmont, après que celle-ci le lui aura révélé par écrit, elle tente de la ramener à la religion et à la fidélité. Néanmoins lorsque la présidente lui avoue son adultère, elle compatit à sa douleur, se servant de sa propre expérience pour comprendre la jeune femme (aurait-elle vécu une histoire similaire ?). Étant l'amie de Mme de Volanges, elle l'invite chez elle sans savoir que Valmont a l'intention de manipuler et après de « dépuceler » sa fille, un piège inconscient qui se refermera sur la famille Volanges et causera des attitudes de plus en plus libertines chez la jeune fille. Plus tard, alors que la présidente de Tourvel s'est enfermée au couvent, elle entretient une correspondance fournie avec Mme de Volanges pour s'assurer de l'état de son amie, qu'elle suivra jusqu'à sa mort. Après la mort de son neveu, elle joue un rôle clé en recueillant toutes les lettres des protagonistes de l'affaire, et s'assurera que ses amies soient protégées du scandale avant de retourner à sa vie dévote.

Madame de Volanges

Mme de Volanges a, dès le début du roman, arrangé l'union de sa fille Cécile avec le comte de Gercourt. Elle entretient une relation amicale avec la marquise de Merteuil dont elle souhaite la présence lors du mariage de Cécile, ainsi qu’avec la présidente de Tourvel qu’elle met en garde contre le vicomte de Valmont, séducteur et libertin tout à fait nuisible. Plus tard, elle tentera de l'aider dans son désarroi final à la suite de son abandon par le vicomte. Quand elle apprend l’amour entre sa fille et Danceny par l'entremise de la marquise de Merteuil, elle s'oppose à leur relation et exige de Danceny qu’il lui rende les lettres de sa fille. Face aux malheurs apparents de sa fille qu'elle impute à tort au chevalier alors qu'ils sont l'œuvre de la vengeance de Valmont, elle remet en question l'éducation qu'elle dispense à sa fille et cherche conseil auprès de la marquise, considérée comme la bienfaitrice des Volanges. Néanmoins, quand Mme de Merteuil est démasquée, elle tente de raccommoder les jeunes amants, ignorant tout ou presque des affaires exposées à travers le roman.

Intentions politiques et moralesModifier

Roger Vailland, présentant Laclos dans une perspective communiste, a cru voir dans Les Liaisons dangereuses une arme de guerre, qui préfigurerait la montée de la bourgeoisie, décidée à abattre la classe privilégiée de l'aristocratie[6]. Or cette prétendue intention politique de Laclos n'a frappé aucun de ses contemporains. Seul Alexandre de Tilly, dans ses Mémoires publiés en 1828, longtemps après la Révolution, voit dans ce roman « un des flots révolutionnaires qui est tombé dans l'océan qui a submergé la cour. » En outre, on ne trouve dans le roman aucune opposition entre des roturiers vertueux et des aristocrates corrompus, ni aucune allusion politique ou revendication sociale, pas le moindre accent polémique contre le régime en place[6].

En réalité, le roman se situe sur un tout autre plan : il n'y a pas lieu de mettre en doute la sincérité d'intentions de Laclos inscrivant en épigraphe aux Liaisons, cette phrase empruntée à Julie ou la Nouvelle Héloïse :

« J'ai vu les mœurs de mon temps et j'ai publié ces lettres. »

Son intention de moraliste est clairement affirmée dans la préface :

« Il me semble que c'est rendre un service aux mœurs que de dévoiler les moyens qu'emploient ceux qui en ont de mauvaises pour corrompre ceux qui en ont de bonnes. »

Cependant, ces intentions morales sont singulièrement complexes : il existe une connivence évidente entre Laclos et les pires de ses personnages[réf. nécessaire]. En cette fin du XVIIIe siècle, triomphent les raffinements de la jouissance et du libertinage intellectuel, et Laclos, en homme de son temps, ne peut s'empêcher d'explorer, avec une ingéniosité amusée et la curiosité d'un amateur, les coups de maître dans l'art de séduire et de jouir d'un être.

Sous les corruptions d'un libertinage qui dissimule mal l'orgueil et l'ennui chez Valmont et Mme de Merteuil, Laclos a décelé « l'appel vers un amour au niveau du don et non du jeu, cette haine que la présence d'une femme pure allume au cœur des impures, et cette passion âpre et désespérée qu'elle réveille dans le libertin[6]. » C'est dans cette poésie du désert de l'amour qu'éclate le talent incomparable de Laclos.

ÉcritureModifier

Alors que Choderlos de Laclos est en garnison à Grenoble, il intègre dans son manuscrit certaines personnalités dauphinoises à son récit. Dans un hôtel de la rue du Pont Saint-Jaime, la vertueuse présidente de Vaulx reçoit la bonne société ; Laclos la transforme dans son récit en présidente de Tourvel. La marquise de Merteuil, elle, est construite à partir de plusieurs personnes, dont certaines de La Rochelle ; mais ce sont la marquise de La Tour-du-Pin-Montauban, de Grenoble, et la marquise de Montmaur[Note 1], de Voreppe, dont Laclos semble s'inspirer le plus. Le neveu de la seconde, le comte d'Agoult, seigneur de Voreppe, convoite et obtient la main d'une jeune demoiselle, héritière du château voisin, Marguerite-Françoise de Blacons : ils seront transformés en comte de Gercourt et Cécile de Volanges[9].

AdaptationsModifier

Adaptations cinématographiquesModifier

Adaptations romanesquesModifier

Adaptations télévisuellesModifier

Adaptations théâtralesModifier

Adaptations musicalesModifier

  • 1974 : Les Liaisons dangereuses, opéra épistolaire en deux actes de Claude Prey ; création à la Salle de l’Orangerie de Strasbourg le , Aix les 17, 22,  ; direction musicale Yves Prin, mis en scène Pierre Barrat avec Irène Jarsky (Merteuil), Peter Gottlieb (Valmont), Micaela Etcheverry (Tourvel), Jean-Pierre Chevalier (Danceny)
  • 1991 : Les Liaisons Dangereuses, chanson de Frédéric Château sorti chez Orlando / Carrère (9031 75324-7)
  • 1992 : Beyond My Control, chanson de Mylène Farmer qui sample la célèbre réplique de John Malkovich (Valmont dans l'adaptation cinématographique de Stephen Frears) quand il quitte Mme de Tourvel.
  • 2003 : Liaisons Tropicales, comédie musicale en deux actes de Alfredo Arias, Gonzalo Demaria et René de Ceccatty ; création à Buenos Aires.
  • 2018 : Les Liaisons Dangereuses - la comédie musicale, écrite et composée par Kevin Meunier et Grégory Garell, présentée au théâtre Mogador au mois de .

Autres adaptationsModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Montmaur aurait repoussé les avances de Laclos, qui se serait senti bafoué[7]. Pour Stendhal, qui la rencontra étant jeune, elle est le modèle unique dans la création de Merteuil[8].

Texte intégral en ligneModifier

  • Édition d’origine numérisée, parties 1, 2, 3 4. Paris, Durand-Neveu, 1782, (Google Livre)

Voir aussiModifier

Bibliographie et webographieModifier

Commentaires et étudesModifier

  • Pierre-Henri Simon, « Laclos fut-il marxiste ? » dans Revue de Paris,
  • G. Castel-Çagarriga, « Les clés des Liaisons dangereuses » dans Revue des Deux Mondes, pp. 682-699, , lire en ligne
  • René Pomeau, "Laclos", Hatier, 1975, pour une étude générale.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

RéférencesModifier

  1. « Le genre épistolaire », sur @lalettre.com.
  2. « Le libertinage », sur @lalettre.com.
  3. « Les jeux de points de vue », sur Magister.com.
  4. Par Amélie Vioux, « Les liaisons dangereuses, lettre 81 : analyse », sur commentaire composé
  5. Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons Dangereuses, Paris, Éditions Norph-Nop, , 282 p., p. 280.
  6. a b et c Pierre-Henri Simon, Laclos fut-il marxiste ?, dans Revue de Paris, décembre 1954.
  7. René Pomeau, Laclos ou le paradoxe, Paris, Hachette,
  8. Stendhal, Vie de Henry Brulard, Paris, Charpentier,
  9. Claude Manceron, Les hommes de la liberté : Le bon plaisir, vol. 3, , 448 p., p. 103-104
  10. Lionel Souquet, « Les liens dangereux : réactualisation du roman épistolaire libertin dans Boquitas pintadas de Manuel Puig et Historia calamitatum de Diego Vecchio », sur Université Paris-Sorbonne (Les Ateliers du Séminaire Amérique Latine), , suivi d’un entretien avec Diego Vecchio.
  11. « Le texte et ses liens II », sur Université Paris-Sorbonne, 2005-2006.
  12. Article sur cette adaptation : Catriona Seth, « Genre et ‘gender’ : des Liaisons dangereuses (1782) au Mauvais genre (2000) », D’un genre littéraire à l’autre, Michèle Guéret-Laferté et Daniel Mortier (dir.), Rouen, PURH, 2008, p. 163-177.
  13. Voir sur gshow.globo.com.
  14. Présentation sur spectacles.premiere.fr.
  15. Voir sur aufil.ulaval.ca.
  16. « Vicomte de Valmont - Les Liaisons dangereuses (le) - Manga série », sur manga-news.com (consulté le ).
  17. https://data.bnf.fr/fr/10739251/marie-francoise-felicite_mauguet_de_mezieres_saint-aubin/